Le Père LOUIS LABROSSE, Un curé exceptionnel
Le père Louis Labrosse, un curé exceptionnel (1)
Les recherches effectuées pour la rédaction de l’ouvrage, édité par PHIAAC, « 1947-1967 Colonie au Plagnal » ont fait resurgir la personnalité du Père Louis Labrosse dont il est question page 5 : « vicaire (2) à Chazelles, sous le mandat du curé Planchet, il était fêté le 25 août au Plagnal, pendant la colonie, une journée somptueuse au cours de laquelle chaque colon recevait 25 desserts, des petites gourmandises, tradition qui s’est perdue à son départ en 1950 ».
Lors de ses funérailles, le 14 janvier 1987, à Pusignan, (Rhône), les paroissiens chazellois qui, avaient bien connu Louis Labrosse, avaient affrété un car de « La Flèche Bleue » pour se rendre à la célébration de ses obsèques. La mère de Guy Véricel, adhérent PHIAAC, avait conservé les documents relatifs à cette cérémonie ainsi qu’un article de presse.
Père Labrosse Collection Privé
Le Père Louis Labrosse naquit le 4 mai 1910, et fut ordonné prêtre le 15 juin 1935 à la cathédrale Saint-Jean de Lyon, des mains du Cardinal Maurin. A son décès, le 9 janvier 1987, il était curé de Pusignan, là où il avait célébré son Jubilé sacerdotal, couronnant 50 ans de ministère, au service de la foi et de la vérité.
C’est à Chazelles-sur-Lyon qu’il exerça sa première mission de vicaire, dès son ordination en 1935 et jusqu’en 1950. Puis de 1950 à 1957, il fut curé de la paroisse Saint-Paul sur Ondaine, à Unieux, de 1957 à 1973, curé de la Nativité à Villeurbanne. C’est en 1973 qu’il rejoignit Pusignan. En 52 ans de ministère, il n’occupa que 4 postes, une stabilité assez rare.
Le Père Labrosse était le deuxième d’une famille de six enfants, installée à Lyon, deux filles et quatre garçons dont trois devinrent prêtres. L’aîné, Joseph, fut missionnaire en Afrique, Louis, puis Robert, Mariste, décédé en 1984, et enfin Jean, marié et père de famille, un des premiers jocistes de Lyon, qui fut directeur de la Librairie des Editions Ouvrières. Leur père était sacristain à l’église de l’Immaculée Conception.
Du petit séminaire, après une tentative avortée de scoutisme, Louis avait gardé son totem de patrouille, « le Chamois », et de nombreux amis. Du grand séminaire, lui viennent deux des grandes orientations de sa vie, l’amour de l’Ecriture sainte et celle du peuple juif, porteur de cette parole. Son attachement au peuple de la Première Alliance l’amena à adhérer, après la guerre, aux amitiés judéo-chrétiennes et à la LICRA. Lors de son service militaire en Tunisie, Louis découvrit l’armée, les musulmans et les colons.
A Chazelles-sur-Lyon, paroisse de chrétienté à forte pratique religieuse, l’action du jeune prêtre fut marquante. Il se lança dans la JOCF, dont il fut l’aumônier fédéral pour le Forez. Son curé, Jacques Planchet, s’inquiétait bien de certaines de ses initiatives jugées alors révolutionnaires, ce qui lui valut une réputation de prêtre « en pointe », on ne disait pas encore progressiste ! Son séjour fut entrecoupé par les prémices de la seconde guerre mondiale, lorsqu’il fut mobilisé en 1936, avant de participer à la campagne de Belgique, Dunkerque et l’évacuation en Angleterre. De retour à Chazelles, il reprend ses fonctions dans les conditions difficiles de l’époque, confirmant sa réputation pendant l’Occupation allemande : très vite, il entre dans la Résistance, à laquelle il participa activement et non sans danger, aux-côtés de Ferdinand Mirabel, y trouvant l’occasion de lutter contre l’injustice sous toutes ses formes. Ayant dénoncé en chaire le nazisme et déconseillé aux jeunes de partir au STO, il se fit savonner la tête par le Cardinal Gerlier qui lui dit, néanmoins, confidentiellement, son accord…prudence ecclésiastique oblige ! Action qui lui valut, à la Libération, d’être à la fois félicité publiquement par le cardinal et décoré de la médaille de la Résistance, dont il ne parlait jamais. De cette époque date son amitié très profonde avec un jeune juif dont la famille avait péri en déportation et qu’il sauva ; avec lui, plus tard, il visitera le pays de son sauveur, le juif Jésus.
Dans les années d’après-guerre, il relance, avec l’Abbé Emmanuel Dumas, arrivé à Chazelles en 1948, les kermesses paroissiales, puis ils créent les colonies de Lausonne, puis du Plagnal et de Chazelles-sur-Lavieu, pour les enfants et les adolescents, garçons et filles.
De 1950 à 1957, il fut curé fondateur de Sampicot, le quartier ouvrier de Saint-Paul sur l’Ondaine, banlieue ouvrière d’Unieux, près de Firminy, où tout était à faire. Il se transforma en moine mendiant afin de réunir les fonds pour construire l’église et se mit immédiatement au service des mineurs et des métallos, hommes rudes, et de leurs familles, trouvant un terrain de choix pour donner libre cours à ses qualités de cœur et sa générosité. En sept ans, il réunit une communauté chrétienne en travaillant de ses propres mains avec ses paroissiens pour construire l’église, et prit son bâton de pèlerin en main pour aller quêter dans les paroisses du diocèse. C’est là sans doute qu’il s’initia à l’art du vitrail.
La nouvelle paroisse solidement assise, le Père Labrosse dut la quitter, nommé curé-archiprêtre, (3), de la Nativité, à Villeurbanne, en 1957, dont il devint un an plus tard chanoine honoraire (4), mas on ne lui vit jamais son camail sur les épaules ! Ses multiples activités étaient celles de tout curé soucieux de ses responsabilités pastorales, avec l’accent sur la formation chrétienne des jeunes après la communion solennelle. En mai 1968, la tornade l’obligea à faire face à des situations délicates : un de ses vicaires avait tenté, au cours d’une messe dominicale, d’entraîner la paroisse dans une campagne de protestation contre la police ; plus tard, la police entra dans l’église pendant une messe dominicale, à la poursuite de jeunes gauchistes vendant illégalement des journaux sur le marché, Louis Labrosse quitta l’autel pour demander aux policiers, poliment mais fermement, de quitter l’église. L’église ne peut pas être un lieu d’affrontement politique ! Face au communisme athée, il ne comprenait pas qu’on flirtât avec le marxisme, oubliant l’église du silence, persécutée pour sa foi. Il souffrait aussi de la manière dont était parfois compris et mis en pratique le Concile, qu’on présentait quelques fois comme un commencement absolu, discréditant ce qui l’avait précédé. Et il désapprouvait tout spécialement les critiques contre la papauté.
En 1973, il demanda à être déchargé de son ministère à la Nativité, en raison de son âge, et pour ne pas gêner un jeune confrère dont les différences, d’âge et de formation, entraînaient des différences d’orientations pastorales. Un de ses paroissiens avait confié à son départ : « Vous ne savez pas ce que vous gagnez, mais nous savons ce que nous perdons ».
Il choisit Pusignan où il n’y avait plus de curé depuis 35 ans, c’était comme une seconde paroisse qu’on lui demandait de fonder. Aussi bien l’église et la sacristie dans un état assez pitoyable que la communauté paroissiale moribonde ont été transformés pendant les 13 ans de son ministère. Là encore, il sut se faire apprécier à sa juste valeur, assurant son ministère avec une énergie peu commune, se dépensant sans compter, donnant l’exemple d’une foi sans concession. Il visitait les malades, aidant à se relever ceux qui ballotés par la vie étaient dans la détresse morale la plus profonde, assistant ceux qui arrivaient aux derniers instants de leur vie. Sa sollicitude allait aux plus petits, jusqu’à héberger des clochards et redistribuant immédiatement ce qui lui était donné. Sous une certaine brusquerie, il cachait un cœur d’or. Il aura marqué la paroisse de Pusignan de façon indélébile par le renouveau spirituel accompli et jusque dans les bâtiments, église et cure, par les magnifiques vitraux qu’il a réalisés.
Il en a laissé trois dans l’église de la Nativité et un dans celle de Pusignan ; grand admirateur de Rouault, il en a souvent reproduit le Christ couronné d’épines.
Malheureusement, la mort de son frère, Robert, en 1984, prêtre au Mexique, a été pour lui un véritable choc et à partir de là sa santé déclina douloureusement, mais il continua sa mission comme si de rien n’était.
Lors de ses noces d’or sacerdotales, en juin 1985, la paroisse de Pusignan eut l’occasion de lui manifester sa reconnaissance d’une manière qui le toucha beaucoup.
L’année 1986 aura été pour lui un véritable chemin de croix, heureusement soutenu par l’amitié du Père Bouvard qui assurait le service pendant les périodes les plus critiques de sa maladie. C’est au début de l’été 1986, qu’apparurent les premiers symptômes du cancer. Un traitement chimiothérapique très éprouvant parut réussir. La rechute de décembre fut implacable. Il prépara la veillée de Noël mais c’est à l’hôpital qu’il passa les fêtes, de plus en plus affaibli. « Rappelons-nous le courage dont il fit preuve lors de sa dernière messe du samedi 20 décembre, alors qu’il était à bout de force. On peut dire qu’il a achevé son ministère debout ». Parmi ses dernières paroles : « je rends grâce au Seigneur qui m’a appelé et je compte sur sa miséricorde ».
Il fut rappelé à Dieu le 9 janvier 1987.
Extrait du livret lors de la cérémonie des funérailles
Sa passion était l’enseignement des jeunes et il se dépensait sans compter. Mais il était largement récompensé par leur attachement et le succès qu’il avait auprès d’eux. En effet, à une époque où beaucoup de prêtres déplorent à juste titre le « décrochement » des jeunes après leur Profession de Foi, le Père Labrosse avait la joie d’avoir des groupes de 5°, 4°, 3° et même des jeunes de 18 et 20 ans continuant de venir écouter son enseignement, les guidant dans la recherche de la vérité.
« Vous tous, les jeunes qui avez eu le privilège d’avoir bénéficié de son enseignement, n’oubliez jamais ce qu’il vous a appris et surtout ne vous arrêtez pas en chemin. Plus tard, vous en comprendrez la grandeur et la richesse », a cité M. Coudurier.
Nombreux et émouvants furent les témoignages lors de ses obsèques.
– M. Coudurier : « Cher Père Labrosse, vous dont la foi, la culture et les connaissances musicales n’avaient d’égal que la simplicité, nous vous disons merci pour avoir eu le privilège de vous connaître et d’avoir pu bénéficier de votre œuvre. A une époque où le matérialisme et la soif démesurée de l’argent qu’il déplorait tant, il nous aura légué une belle leçon de détachement et de charité ».
– Père Béal, qui fut vicaire avec lui à Chazelles : « un guide, un conseiller et un bon pasteur jusqu’au bout ».
– Monseigneur Delorme, évêque auxiliaire de Lyon représentant le cardinal Decourtray : « merci à Dieu de nous avoir donné le Père Labrosse ».
– Ses amis juifs dans la presse lyonnaise : « La disparition du chanoine Labrosse, homme de qualité, cause une affliction profonde aux membres de la communauté des Israélites sépharades de Villeurbanne ».
(1) : citation du président du conseil paroissial lors des funérailles.
(2) : vicaire, prêtre qui aide le curé d’une paroisse dans l’exercice de son ministère.
(3): archiprêtre, curé de l’église principale d’une ville ou d’une circonscription du diocèse.
(4) : chanoine, ecclésiastique siégeant au chapitre de la cathédrale ou collégiale ou doté de ce titre à fins honorifiques.
Sources :
– Allocution de M. Coudurier, président du conseil paroissial de Pusignan, lors des funérailles du Père Labrosse.
– Journal « L’Essor », du 23 janvier 1987 : témoignages de Louis Micolon : « Mon ami, Louis Labrosse », et de Raymond Decoret : « Le Bon Pasteur », tous deux « Chamois » comme le Père Labrosse.
