Naissance de la Caisse d’Epargne de Chazelles
Au préalable, il convient de retracer l’histoire de la création de la Caisse d’Epargne Française.
Source : l’ouvrage « 60 ans de construction du Groupe Caisse d’Epargne ». Novembre 2006.
C’est à Paris, sous la Restauration, par ordonnance royale du 29 Juillet 1818, que la toute première Caisse d’Epargne Française voit le jour , à l’initiative de deux philanthropes : le Duc François de la Rochefoucauld – Liancourt et le baron Benjamin Delessert.

Image wikipedia
La banque est, jusqu’alors, réservée aux grandes fortunes. Par contre, ces établissements nouvellement créés, les Caisses d’Epargne, sont destinés « à venir au secours de la classe la moins fortunée en lui procurant les moyens de mettre à profit une partie du produit de leur travail » dans une période difficile économiquement et socialement où il n’existe ni système de protection sociale ni titre d’épargne accessible au plus grand nombre.
Mais comment la maigre épargne possible sur un salaire tout juste suffisant pour faire vivre une famille peut-elle faire espérer d’améliorer sa condition sociale ?
Le Duc de la Rochefoucauld écrit en 1820 :
« Une caisse d’épargne n’est pas seulement un acte de bienveillance, elle est encore une institution morale (…). L’ouvrier, l’artisan, le domestique , qui contracte l’habitude d’y apporter ce qu’il peut ménager de ses salaires, s’attache à la conservation de ce superflu ; il renonce pour l’accroître aux mauvaises habitudes, aux vices qui consommaient auparavant le fruit de ses travaux ; il devient meilleur fils, meilleur mari, il ne donne autour de lui que de bons exemples, et, dans cette leçon, la plus efficace que des enfants puissent recevoir, la société trouve dès lors l’espérance et la garantie que ceux-ci deviendront des citoyens bons et utiles comme leurs pères ».

La Caisse d’Épargne change régulièrement d’emblème : de la fourmi en passant par l’abeille puis par la ruche…

jusqu’à l’apparition, dans les années 50, du fameux écureuil.
Les animaux (fourmi, abeille puis écureuil) sont choisis pour leur symbole fort : l’épargne.
L’intention première de ses fondateurs n’est-elle pas de faire évoluer les mentalités de la classe ouvrière en l’incitant à prévoir le lendemain et à travailler pour l’espoir d’un avenir meilleur !

« Apprenons aux enfants le chemin de la Caisse d’épargne »
Les caisses d’épargne reçoivent donc en dépôt et gratuitement de petites sommes d’argent qui produisent des intérêts.
Leur succès n’est pas immédiat (confiance faible et capacité d’épargne des classes populaires faible aussi) et ses fondateurs ont recours à l’état qui promulgue la loi du 5 Juin 1835 qui encadre le fonctionnement des établissements et les modalités pour les épargnants (taux de rémunération, montant des placements…) ; chaque déposant a un livret en son nom, sur lequel sont enregistrés tous les versements et remboursements: c’est l’ancêtre du livret A.

Livret d’épargne de 1909
Dans le contexte de l’époque, le livret d’épargne est une véritable « révolution ». Même si bien encadré par l’état, il a dû conquérir, au fil des années, une population non aguerrie et aussi convaincre certains hommes de la finance, plus ou moins perplexes, comme en témoigne un article paru dans le journal « Le nouvel Echo de la Loire » du 10 septembre 1848 dont voici des extraits : « … un décret du 7 Juillet oblige toutes les caisses d’épargne de France a convertir (les avoirs) en coupon de rente 5%…. La République ne fait pas banqueroute aux caisses d’épargne ; si les cours diminuaient, peut-être que les déposants éprouveraient quelques pertes ; mais il est très présumable qu’il n’y aura rien à perdre ; au contraire, si les affaires reprennent, il est certain que la rente montera…. Et alors les déposants gagneront plus de 15% ».
Avec ce nouveau mode de gestion de l’argent, les Caisses d’Epargne sont innovantes. Elles sont aussi avant-gardistes (!!!). En effet, souvenons-nous que les femmes sont dites « incapables majeures » par le code napoléonien (??!!) et qu’elles doivent attendre la loi de 1965 pour ouvrir un compte bancaire en leur nom sans l’accord de leur mari ! Mais, à la Caisse d’Epargne, dès 1881, les femmes peuvent ouvrir un livret d’épargne en toute autonomie et, en 1895, y effectuer des versements et des retraits d’argent sans l’aval de leur mari. Avec cette initiative, les fondateurs, qui ne sont pas que philanthropes, ne comptent-ils pas davantage sur les épouses, plus économes et prévoyantes, pour épargner ?

« Sou après sou nous ferons notre petit magot. Mets cinq frs de côté cette semaine. »

« Moi de mon côté j’ai aussi des épargnes ce sera pour le trousseau de Julie. »
Dès 1848, 93% des villes de plus de 10 000 habitants possèdent une Caisse d’Epargne. Ces établissements voient le jour sous l’impulsion des Municipalités ou grâce à des initiatives privées de notables locaux. Leur nombre, avoisinant les 500, progresse très peu entre 1870 et 1940 ; en revanche, des succursales, ouvertes en milieu rural, se multiplient. Leur nombre passe de 1300 en 1900 à 2800 avant la seconde guerre mondiale.
Ainsi nait, en 1861, la Caisse d’épargne de Chazelles, succursale de l’agence de Montbrison qui, elle, a été créée en 1842.
Les seuls documents historiques retrouvés qui ont permis de retracer cette histoire sont les délibérations du Conseil Municipal, le service de conservation du Patrimoine du Groupe Caisse d’Epargne (installé en région parisienne) n’ayant pas répondu à notre demande d’informations.
Les extraits des délibérations des Conseils Municipaux présidés par le Maire Guillaume Véricel (mandat 1856 – 1865), atteste que la Municipalité de Chazelles est partie prenante dans cette institution :

Délibération du 1er septembre 1861. Nomination des Directeurs.
« …. l’établissement d’une succursale de Caisse d’Epargne à Chazelles a été approuvée par Monsieur le Préfet le 6 Août 1861 et pour se conformer aux dispositions de cette délibération le Conseil Municipal est appelé à proposer un conseil composé de 15 membres qui avec le Maire doivent prêter leur concours gratuit à l’Administration de cette institution… »
« … ces 15 Membres Directeurs doivent être choisis 5 au moins au Conseil Municipal et les autres choisis parmi les citoyens les plus recommandables de la commune… ».
Ainsi, à cette séance, le Conseil Municipal a nommé les 15 Directeurs, probablement des notables de la ville, et parmi eux nous notons le curé.
Par délibération du 6 Octobre 1861, le conseil Municipal installe ce Conseil d’Administration.

Délibération du 6 octobre 1861. Installation du Conseil d’Administration
Le préfet ayant accepté, en date du 5 septembre, la liste des Administrateurs proposés par le Conseil Municipal, le Maire « a déclaré qu’il allait être procédé à leur installation. Chacun des membres séparément et individuellement ayant juré obéissance à la Constitution… promettant de remplir avec dévouement et désintéressement les fonctions qu’ils sont appelés à remplir ont été installés Membres Directeurs du Conseil de la succursale de la Caisse d’Epargne établie à Chazelles…. »
Dans la seconde moitié du XXème siècle, sans pouvoir vous donner les échéances, la Municipalité de Chazelles perd, au fil des années, de son influence sur l’administration locale de cette succursale de la Caisse d’Epargne.

CP Caisse d’épargne Chazelles-sur-Lyon
A noter qu’au sortir de la guerre, en 1945, le Conseil Municipal de Chazelles sollicite « l’Administration supérieure » de la Caisse d’Epargne pour le remplacement du poste de caissier, « frappé d’indignité », en « réitérant le désir unanime de la population chazelloise de voir ce poste occupé par un chazellois. »

Extrait de la délibération du Conseil Municipal du 21 juin 1945
L’organisation et la stratégie commerciale de la Caisse d’Epargne évoluent comme en témoignent ses logos successifs.

Evolution du logo Caisse d’épargne depuis 1950 à 1991
Quelques témoignages de Chazellois :

Des chazellois se souviennent d’un Directeur, Monsieur Personne, et des nombreuses farces que, gamins, ils pouvaient faire autour de son nom : « Y’a personne ? »…..
Ils se rappellent, de l’affluence au guichet, dans les années 60 – 70, avant ou après la messe du dimanche.
Enfin, ils n’ont pas oublié que la Caisse d’Epargne contribuait largement aux prix remis aux écoliers et, plus largement, au jeune public.

Copie d’un encart publicitaire
des années 70.
À lire aussi